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Des femmes Nobel de la paix au secours des Européennes

[France, le 18 avril 2014] A l’approche des élections européennes, des signaux rétrogrades, émis par certains Etats, inquiètent la société civile. C’est pourquoi une campagne a été lancée, mercredi 16 avril, par la ministre française des Droits des femmes Najat Vallaud-Belkacem, supportée par trois femmes prix Nobel de la paix. Parmi elles, l’Américaine Jody Williams et la Libérienne Leyma Gbowee ont livré leur sentiment à RFI.fr.

« Je ne veux pas être un homme ! Je ne veux pas prendre la place de quelqu’un, mais je veux pouvoir travailler et gagner ce pour quoi je travaille […] Il ne s’agit pas ici d’une condamnation du genre masculin, mais de la reconnaissance d’une réalité, et la réalité est que dans la plupart des endroits sur Terre, l’homme préfère garder la femme à la maison. »

Jody Williams n’a rien perdu de sa verve et de son indignation. Depuis le prix Nobel de la paix, qu’elle a reçu en 1997 pour son activisme dans la lutte contre les mines antipersonnelles, la militante américaine n’a eu de cesse de promouvoir la paix et la lutte contre les inégalités. Celles qui favorisent encore aujourd’hui l’homme par rapport à la femme, l’exaspèrent au plus haut point, surtout lorsqu’elles sont décidées au niveau législatif. L’égalité devant le salaire, bien sûr, mais aussi et surtout les droits des femmes à disposer de leur corps. « Si je dois décider de donner ou non naissance à un bébé, je le décide à la limite avec le père, ou en discutant avec le docteur, mais ce n’est certainement pas le législateur qui doit le faire pour moi. »

« Si vous revenez sur ces droits, cela aura des répercussions chez nous »

Sur cette thématique, ou dans celle de la lutte contre les violences sexuelles, l’Europe demeure toujours un modèle pour le reste du monde, et pour Leymah Gbowee, tout retour en arrière pourrait avoir des conséquences graves, notamment pour le continent africain.
Leymah Gbowee a reçu son prix en 2011 en raison de son engagement pour la paix au Liberia, et pour elle, les femmes sont au cœur de toutes les préoccupations en matière de résolution des conflits. Et c’est pourquoi, selon elle, « les droits des femmes en Europe sont importants pour le combat des femmes africaines, dans le sens où l’Union européenne, ainsi que ses leaders montrent la tendance dans ce domaine. Ils s’impliquent lourdement dans les questions de développement, de paix et de sécurité en Afrique, où ces questions sont présentes. Et lorsqu’ils aident un pays, ils insistent pour que ces droits soient respectés ». Avant d’ajouter : « Si vous revenez sur les droits des femmes en Europe, cela aura nécessairement des répercussions chez nous. »

« Guerre contre les femmes »

L’inquiétude est réelle et objectivement fondée. Le « modèle » européen des droits des femmes, sans être aujourd’hui directement menacé, subit néanmoins des coups de boutoir de plus en plus forts et pour Jody Williams, il y a nécessité de défendre ces droits acquis. « Aux États-Unis, nous parlons de "guerre contre les femmes", qui est portée principalement par les républicains, mais les démocrates ne sont pas parfaits non plus. Mais vous aussi, en Europe, vous avez eu des reculs, en matière de droit à l’avortement, comme en Espagne par exemple. »

Un projet de loi en cours d’adoption à Madrid vise en effet à réduire considérablement les possibilités d’interruption volontaire de grossesse. Cette situation inquiète énormément Jody Williams, qui y voit, comme c’est le cas dans son pays, le poids croissant de la religion dans la vie publique : « Je pense que les religions sont trop souvent utilisées pour opprimer les femmes, explique-t-elle. Elles sont utilisées par les hommes pour laisser les femmes à leur place. »

C’est pourquoi, ajoute-t-elle, il est très important que l’Etat et la religion soient strictement séparés. Leymah Gbowee est sur la même ligne. « Globalement, les droits des femmes sont en danger sur le continent, explique-t-elle. Toutes les choses qui ont été faites par les libéraux, ou les militants des droits de l’homme, sont actuellement remis en cause par les fondamentalistes. » Un recul qui pourrait bien arriver, selon elle, en Europe. « Alors s’il vous plaît, implore-t-elle, agissez dans le bon sens ! »

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Loud and United to end violence against women and girls, European Women’s Lobby Conference, 6 December 2017, Brussels.

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