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Journée des droits des femmes. Dans quel pays européen ces droits sont-ils les mieux respectés ?

Inégalités salariales, difficultés à avoir accès aux postes à responsabilité, violences subies… Le 8 mars est l’occasion de faire le point sur la situation des droits des femmes dans les pays de l’Union européenne.

This article was originally published in Ouest France.

Le 8 mars,journée internationale des droits des femmes, est souvent mis en avant au Parlement européen, où les eurodéputés adoptent ce lundi une résolution sur les conséquences de la crise sanitaire du Covid-19sur les femmes.

Le Parlement européen va aussi « accueillir » Jacinda Ardern, Première ministre de Nouvelle-Zélande, dans un message vidéo préenregistré sur le rôle prépondérant des femmes en période de Covid-19. En février, les eurodéputés ont également fait des propositions originales pour lutter contre l’inégalité salariale entre femmes et hommes.

Quelle est la situation générale de l’égalité entre femmes et hommes dans l’Union européenne ?

Dans un rapport publié en 2020, l’institut européen pour l’égalité des genres (dont l’acronyme anglais est EIGE), a présenté un Indexévaluant la situation des femmes selon les États membres. L’Union européenne (UE) obtient une note globale de 67,9 sur 100 en termes d’indice d’égalité de genre. Sur le podium des pays les plus vertueux, on trouve la Suède et le Danemark, pays nordiques connus pour mettre ce sujet en tête des priorités politiques. La France arrive à la troisième place avec un score de 75,1 sur 100, grâce à de nombreux progrès effectués depuis 2010 en la matière.

La situation la plus défavorable se trouve en Grèce, qui obtient un score de 52,2 points seulement, le pays ayant connu notamment une crise financière cataclysmique à partir de 2009 qui a particulièrement touché les femmes en précarité. La Hongrie et la Roumanie ne sont pas loin avec respectivement 53 et 54,4 points sur 100.

L’EIGE souligne qu’au rythme actuel, il faudra au moins encore 60 ans pour arriver à une véritable égalité entre hommes et femmes. Mais, attention, la situation au sein des pays de l’Union européenne peut être très différente, en fonction des situations financières, culturelles ou des violences subies.

Où y a-t-il le plus d’égalité dans les salaires au sein de l’UE ?

Aujourd’hui, l’écart entre les hommes et les femmes dans l’Union européenne en ce qui concerne le salaire horaire est de 16 % selon l’office européen des statistiques, Eurostat. La France se situe légèrement en dessous de la moyenne européenne.

Si la situation semble plus favorable en Italie, en Roumanie ou au Luxembourg, ces chiffres masquent globalement le fait que les femmes sont surreprésentées dans des secteurs peu rémunérateurs (administration publique, santé, action sociale…) et occupent plus souvent des postes à temps partiel (26,4 % des femmes contre 5,5 % des hommes, en 2014).

C’est notamment le cas en Italie, qui a le plus mauvais score (63,3 points) concernant l’accès à un emploi stable pour les femmes, alors que la moyenne européenne est à 72,2 en la matière. La France obtient un score de 72,8 de son côté.

Évolution des mœurs et meilleur accès aux études font cependant que l’écart de rémunération entre hommes et femmes est généralement plus faible pour les nouveaux venus sur le marché du travail. Mais les trous dans les carrières des femmes, souvent liés à l’arrivée d’un ou plusieurs enfants, tendent à creuser les inégalités salariales avec l’âge.

La Commission européenne a présenté jeudi 4 mars 2021 une proposition sur la transparence des rémunérations afin de faire en sorte que les femmes et les hommes reçoivent une rémunération égale pour un même travail. « Ce serait un premier pas important, car si une femme dans une entreprise ne sait pas le salaire de ses collègues, il lui est impossible de savoir si sa rémunération, à travail égal, est juste », explique Manon Deshayes du Lobby européen des femmes (EWF). « Elle ne peut donc pas négocier sa rémunération ou promotion de façon transparente et égale ».

Le temps consacré au travail domestique n’est pas égalitaire

Autre domaine où il y a une forte inégalité entre femmes et hommes, le temps consacré aux tâches domestiques et l’éducation des enfants. Sur ce dernier point, plusieurs études ont montré que les femmes ont été les premières à devoir se mettre en télétravail au moment du premier confinement en France pour garder et éduquer leurs enfants, tout en continuant à travailler. « Cela a été particulièrement le cas dans beaucoup de secteurs les plus durement touchés et qui emploient majoritairement des femmes », pointe Manon Deshayes. « Plus globalement, il y a aussi tout le travail de care, ce travail au service de leurs enfants ou de la famille qui n’est pas rémunéré et, généralement, pas du tout pris en compte alors qu’il est quotidien, notamment à la maison », souligne la représentante du Lobby européen des femmes.

L’institut européen pour l’égalité des genres a même constaté un fort recul sur cet aspect des scores entre 2010 et 2018 en Belgique (- 5 points), Allemagne (- 4,8 points) et Finlande (- 2,7 points). Si la situation s’est fortement améliorée sur la même période au Portugal (+8,8 points), Slovaquie (+6,4) et en Grèce (+9,1), ces pays ferment la marche européenne, laissant à la Bulgarie le bonnet d’âne en la matière avec seulement 42,7 points. Un score bien éloigné de la moyenne européenne (65,7) et du meilleur élève, la Suède avec 90,1 points, où les systèmes de prise en charge des enfants sont beaucoup plus poussés et acceptés socialement.

L’accès aux postes à responsabilité, un enjeu majeur

Autre curseur important pour connaître le niveau d’égalité entre hommes et femmes, l’accession pour ces dernières à des postes à responsabilité. Certains pays ont grandement évolué en la matière avec l’obligation pour certaines élections de présenter des candidates en alternance sur les listes avec les hommes. Cela a notamment permis à la France de faire progresser entre 2010 et 2018 son niveau de 52,4 à 79,8 points, deuxième meilleur score derrière la Suède. La Bulgarie est le meilleur élève des pays qui ont accédé à l’Union européenne après la grande vague d’élargissement de 2004 et 2007, avec un score de 61,5 points, huit de plus que la moyenne européenne.

« Quand il y a ce genre d’amélioration, c’est qu’il y a eu des décisions au niveau législatif avec l’introduction de quotas, notamment pour instaurer une parité, et des sanctions en cas de non-respect », explique Manon Deshayes. « Un quota n’est pas censé être en place éternellement, mais c’est un outil pour ouvrir la porte aux femmes. »

Si la Commission et le Parlement européen ont beaucoup de mal à imposer au Conseil de décider de quotas de femmes dans les conseils d’administration des plus grandes entreprises,l’Allemagne a décidé de mettre en place une telle législation. Les Pays-Bas ont présenté en novembre une proposition législative visant à améliorer l’équilibre entre les sexes dans les conseils d’administration 2020. La proposition introduit un « quota de croissance interne » pour les sociétés cotées en Bourse, qui les oblige à s’assurer qu’au moins un tiers des membres de leur conseil de surveillance soit des femmes. Si un homme est nommé alors que cet objectif n’a pas encore été atteint, la nomination serait déclarée nulle et non avenue.

Enfin, beau symbole pour l’Union européenne, la présidente de la Commission, Ursula von der Leyen, et celle de la Banque centrale européenne, Christine Lagarde, sont devenues les premières représentantes féminines à ces fonctions.

Des violences subies par toutes les femmes européennes

La question des violences faites aux femmes est aussi prise en compte par cet Index 2020 de l’institut européen pour l’égalité des genres. Mais les auteurs de ce rapport pointent qu’il est extrêmement difficile de collecter des données communes en la matière et que cela dépend aussi grandement de la capacité de la société à accueillir la parole des victimes de violences, tout autant qu’à traiter leurs plaintes.

Une donnée permet tout de même de prendre en compte une partie des violences faites aux femmes, ce sont les féminicides. En 2016, 3 124 femmes sont mortes des suites d’un homicide perpétré par un proche ou un conjoint dans l’Union européenne, rapporte l’office européen de statistiques, Eurostat, dans un rapport publié en septembre 2020. En regardant les chiffres non pas en nombre absolu, mais par rapport à la taille de la population, on s’aperçoit que le taux de féminicides est beaucoup plus élevé dans les trois pays baltes que dans le reste de l’UE.

En moyenne, le taux d’homicide de femmes par un proche ou un conjoint était de 0,7 cas pour 100 000 habitants en Europe en 2016. Mais en 2017, ce chiffre est multiplié par cinq en Lettonie, avec un taux de 3,75. Suivent la Lituanie (2,82) et l’Estonie (2,28). Les pays baltes sont suivis de Malte (1,6) et de la Roumanie (1,5). À l’opposé, le Luxembourg a enregistré le taux le plus bas d’homicides (0,2), devant l’Allemagne et l’Irlande (tous deux 0,4). La France, l’Italie et la Slovaquie suivent de près avec un taux de 0,5 meurtre pour 100 000 habitants.

Des inquiétudes sur le recul du droit à l’avortement en Pologne

Sujet qui n’est pas abordé dans l’Index en tant que tel, plusieurs organisations et eurodéputés s’inquiètent de l’actuel recul du droit à l’avortement en Pologne. La Cour constitutionnelle polonaise a annoncé en octobre 2020 une nouvelle restriction du droit à l’avortement, pourtant déjà très limité dans ce pays, qui aboutit à une quasi-interdiction. Une décision qui ne passe pas auprès d’une partie de la population, descendue massivement dans la rue au cours de ces derniers mois.

« Même s’il n’y a pas le droit légal à l’avortement, les femmes continueront d’essayer d’avorter, mais dans des conditions qui seront dangereuses pour leur santé, avec malheureusement de potentielles conséquences dramatiques », regrette Manon Deshayes du Lobby européen des femmes.

Autre pays ayant interdit pendant longtemps cette pratique médicale, l’Irlande a adopté le 13 décembre 2018 le projet de loi légalisant l’avortement, sept mois après un référendum historique lors duquel les Irlandais et les Irlandaises s’étaient prononcés contre l’interdiction constitutionnelle de l’IVG.

Mais la situation légale ne correspond pas forcément sur cette question avec la réalité du terrain. Ainsi, en France ou en Italie, de très nombreux médecins utilisent leur clause de conscience pour refuser de pratiquer cette opération. De même dans les pharmacies, des femmes se sont vues refuser la vente de pilule du lendemain ou ont subi des remarques remettant en cause leur choix.

« Face à un tel recul des droits des femmes en Pologne, il est d’autant plus important de marquer cette année le 8 mars, journée internationale de lutte pour les droits des femmes », estime l’eurodéputée Manon Aubry (La France insoumise, GUE) auprès d’Ouest-France.

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Loud and United to end violence against women and girls, European Women’s Lobby Conference, 6 December 2017, Brussels.

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