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Quand les femmes deviennent un groupe de pression

Le Lobby européen des femmes (LEF) est la plus grande coalition d’associations de femmes dans l’Union Européenne, visant à promouvoir les droits et l’égalité des femmes et des hommes. Le LEF représente plus de 2000 organisations de tous les états-membres et candidats de l’UE et des associations européennes. Cécile Greboval est secrétaire général de ce lobby. Elle travaille ici depuis 1997, en dirigeant l’organisation et le secrétariat depuis deux ans. Cécile nous accueille dans son bureau, au cœur de la capitale européenne, pour parler du travail réalisé et pour faire le point sur les défis auxquels le féminisme doit faire face aujourd’hui.


Quelle est l’approche que le Lef utilise pour avancer dans la résolution des problèmes vécus par les femmes?

Pour avancer on se base sur une analyse féministe, c’est à dire une analyse qui vise à la réalisation dans le fait de l’égalité entre les hommes et les femmes et qui inclut aussi le privé. On ne pourra pas avoir l’égalité dans le secteur publique sans prendre en compte ce qui se passe dans la sphère privée. Que ce soit en termes de garde enfants, travail non rémunéré, lutte contre la violence. Tout cela doit sortir de la sphère privée.

Et c’est bien ça le mérite du féminisme, le fait d’avoir mise en scène dans la sphère publique ce qui était juste renfermé dans le privé. Mais les sujets sont nombreux et j’imagine que c’est essentiel pour le Lef d’avoir certaines priorités à l’agenda...

On a de grandes priorités. La principale est la lutte contre toute forme de violence. Ce point est suivi par la question économique et la question de prise de décision où les femmes se retrouvent en désavantage. Cette lutte est conduite en sachant que les femmes ne sont pas un bloc monolithique et qu’il y a à l’intérieur du groupe “femmes” des sensibilités très différentes. En ce moment, en matière de violence envers les femmes, on a depuis trois ans une campagne sur la prostitution qui vise à un changement de perspective sur la prostitution et à mettre en lumière la violence qui est inhérente à ce phénomène. Les femmes qui sont dans la prostitution ont les mêmes droits que les autres. Il faut dénoncer les causes structurelles qui sont derrière la prostitution: le différent accès au marché du travail, les inégalités hommes-femmes, la pauvreté, les migrations. Il faut aussi réfléchir sur qui sont les clients et la marchandisation du corps qui va contre les droits de l’homme. Avec notre campagne, nous voulons réveiller l’opinion publique sur tous ces thèmes. Enfin, le Lef travaille aussi sur le viol. Sachant qu’il s’agit d’un phénomène difficile à déchiffrer puisque il n’y a pas beaucoup des femmes qui portent plainte. Un des problèmes du viol ce qu’on n’a pas assez de chiffres, il nous manque une image complète.

Quelle est la méthode utilisée pour faire avancer toutes ces questions?

Nous faisons du travail politique, du lobbying. A la Commission Européenne, au Conseil et nos membres font cela dans les différents pays. A telle propos, on aimerait bien que l’UE images.jpgfasse un peu plus. Les Institutions ont promulgués des directives (la Directive 2006/54/CE du Parlement européen et du Conseil du 5 juillet 2006 relative à la mise en oeuvre du principe de l’égalité des chances et de l’égalité de traitement entre hommes et femmes en matière d’emploi et de travail, ndlr), mais qui ne sont pas spécifiquement axées sur la violence contre la femme. Il faudrait une initiative consacrée juste à la question féminine, par exemple, une année contre la violence. Cette année on a par exemple un projet de mentoring qui vise à donner la possibilité à une dizaine de femmes migrantes d’être en couple avec dix femmes députés du Parlement européen. L’idée c’est de sensibiliser à la parité, à la diversité. C’est un projet concret, qui n’a jamais été fait avant.

Est-ce que vous ne trouvez pas difficile, parfois, de trouver un compromis et des points en commun au sein du lobby avec une telle variété d’organisations qui le composent?

Ce n’est pas évident, mais l’on voit très souvent que les gros problèmes vécus par les femmes et l’analyse qu’on fait est un peu partout la même. Les inégalités sociales, économiques sont transversales à tout type de pays et de société. Je me réfère en particulier à ce qui est au cœur des inégalités entre femmes et hommes : la grosse différence entre travail rémunéré et travail non rémunéré. Les femmes ont, en fait, beaucoup investi en tout ce qui est publique en ayant occupé cet espace. Les hommes, par contre, ont beaucoup moins investi l’espace privé. Cette thématique recourant va au-delà des différences des pays et culturelles.


Et à propos de différences, j’imagine qu’il y a plusieurs types de féminisme au sein du LEF...

Il y a des débats, c’est clair, mais pour moi il n’y a pas de typologies. Ma façon d’être féministe est surement différente de la tienne. Parfois trouver une position commune ça peut être compliquée, mais en général, après de longues discussions, on arrive à un point commun.

Est-ce que dans votre activité de lobbying vous visez aussi à faire grandir la conscience des femmes en tant que “groupe”?

Oui, c’est important qu’il y ait une prise de conscience. Certaines choses nous arrivent parce que nous sommes femmes. Et, en deuxième lieu, il faut comprendre que cela est aussi une question politique et structurelle. C’est à partir de ce moment que notre travail commence. Un grand problème, qui rend la tâche plus ardue, est représenté par les médias souvent dominés par les hommes. Quand on voit des talkshows dans n’importe quel pays, on voit des hommes partout, qui traitent les sujets les plus intéressants et d’actualité.

A propos des médias, dernièrement on a beaucoup parlé des Femen, quelle est votre avis par rapport à ça?

Les médias se sont jetés avec un grand intérêt sur ces femmes qui n’ont toutefois pas, à mon avis, un discours politique. Elles pensent que en montrant leurs seins tout le monde les écoutera, mais cela ne fait que renforcer le discours de la domination masculine, les stéréotypes et la vision des femmes comme des objets sexuelles. Exactement ce que le féminisme veut combattre. Ce qui manque aux Femens c’est une vision politique de changement. Au fond elles sont exploitées, il n y a pas une vrai remise en question du discours machiste. Elles sont dans la même logique. C’est la logique qui doit changer.

Comment la pensée féministe peut s’ouvrir aux hommes d’un point de vue politique?

Dans mon expérience, les politiques qui se mettent vraiment à l’avance et qui suivent certaines questions sont les femmes. Cela dit, forcement nous travaillons beaucoup avec les hommes. Mais on ne peut pas oublier que les inégalités sont au désavantage des femmes. C’est aussi une question concernant l’argent et donc le pouvoir. Voilà pourquoi les hommes sont très réticents. S’il y a plus de femmes, dans les lieux où les décisions sont prises, il y aura moins d’hommes. Forcément si les femmes avancent plus, les hommes feront un pas en arrière.

Qu’est ce que vous diriez pour répondre aux gens qui critiquent les positions féministes en disant qu’elles sont dépassées?

On veut les mêmes droits, avoir les mêmes salaires, les mêmes libertés, avoir des enfants sans que cela constitue une limite. Je pense aussi qu’il y a beaucoup d’hommes qui ne veulent pas entrer dans le système “homme avec la cravate-chef de famille”. C’est aussi une question d’évolution, de changement sur tous les fronts: de culture, de système économique.

Pour lire plus sur le blog de Anna Maria Volpe, cliquez-ici

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Loud and United to end violence against women and girls, European Women’s Lobby Conference, 6 December 2017, Brussels.

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